• Facebook
  • Twitter
  • Google +

Des poumons attaqués

Des poumons attaqués - Paul Karim

J’avais un ami qui venait tout juste de changer d’appartement. Il avait décidé d’habiter dans un immeuble au 28e étage près du centre des affaires de Montréal. Je me disais qu’à la hauteur où il était, il devait se sentir comme un aigle. Perché, avec une vue splendide sur toute la ville. J’allais lui rendre visite quelques jours après qu’il se soit installé. Effectivement, c’était bien un nid d’aigle. On avait une sensation de domination. Il y avait juste quelque chose qui me dérangeait un peu pour laquelle je n’avais jamais fait attention jusque-là. Un nuage gris clair qui surplombait presque toute la ville. Lorsque je demandais si c’était bien ce que je croyais, soit de la pollution, il m’affirmait que j’avais bel et bien raison. À partir de ce jour-là, même si j’habitais au ras des pâquerettes, je ne sortais plus jamais sans m’inquiéter de la qualité de l air.

J’avais comme une sorte de malaise à respirer l’air depuis que j’avais été chez mon ami. Il me semblait vicié en permanence. Je me mettais même à me soucier de ma peau en pensant que cet air lourd de particules pouvait me boucher les pores comme me boucher mes poumons. J’en faisais comme une sorte de maladie à tel point que je vivais les fenêtres fermées et que j’avais acheté un appareil qui était censé aspirer toute la poussière ainsi que toutes les petites particules volantes dans l’air. Je sortais même un jour avec un masque comme le faisaient certains Chinois dans les grandes villes un jour de pic de pollution. Ce jour-là, mes collègues me dirent que je finissais par les stresser un peu trop.

Quelques jours plus tard, mon patron m’offrait deux jours de congé dans un chalet à la campagne. Il me disait que je pouvais aller largement faire éclater mes poumons avec du bon air frais. Je partais le soir même sur le champ. Pour moi, il y avait comme une nécessité à pouvoir extirper de mes poumons tout ce qui n’avait pas lieu d’y être. J’arrivais en début de soirée. Une dame me donnait la clé du chalet. C’était un tout petit chalet certes, mais entouré d’arbres et de vraie nature. Le lendemain, je me réveillais à cause d’une drôle d’odeur. Pendant la nuit, une mouffette avait pris place sur la carpette, et n’avait pas trop apprécié ma présence. Elle m’avait arrosé de la tête aux pieds de son jet si puant. Je restais 10 minutes sous la douche, car par la suite, il n’y avait plus d’eau. L’odeur était tellement pestilentielle, que j’en vomissais à l’extérieur. Je restais ainsi, portant cette odeur nauséabonde pendant plusieurs jours. Lorsque l’on rentrait dans mon bureau, tout le monde se bouchait le nez. Je polluais l’air.

À propos de l’auteur :

author